Albin Michel Jeunesse – Entretien avec les éditrices de la collection Wiz

Karine Van Wormhoudt et Maÿlis de Lajugie sont deux éditrices de romans pour adolescents chez Albin Michel Jeunesse. La première s’occupe des romans français, la seconde des romans étrangers. Toutes deux reviennent sur leur travail autour de la collection « Wiz » et des littératures de l’imaginaire au sein de la maison.

À son lancement, « Wiz » a été immédiatement une collection phare de romans pour adolescents, célèbre pour héberger des auteurs étrangers comme Neil Gaiman, Meg Rosoff, Eva Ibbotson ou Rick Riordan. Ouverte à tous les genres, elle ne l’est plus depuis la naissance de « Litt’ », « Wiz » étant désormais le refuge de l’imaginaire. Pouvez-vous nous parler de cette évolution ?
Maÿlis : Quand Anne Michel a lancé « Wiz » en 2002, la collection était destinée à l’imaginaire en littérature jeunesse. Elle a accueilli des textes pour différentes tranches d’âge aussi bien des romans jeunesse lisibles dès 10 ans que des romans adolescents, des auteurs français ou étrangers. Avec le succès du roman jeunesse dans le monde entier, « Wiz » s’est ouverte à d’autres genres, le policier, les romans d’initiation, le thriller ou les romans réalistes. Quand je suis arrivée en 2016, le marché avait énormément évolué depuis la création de « Wiz ». De nombreuses collections de romans adolescents avaient éclos, et il me paraissait nécessaire de donner une identité claire à « Wiz » afin que notre proposition soit lisible. Karine Van Wormhoudt avait lancé « Litt’ » en 2015, créant un espace pour le roman français réaliste. Nous avons donc choisi ensemble de faire de Litt’ la collection de littérature adolescente réaliste des éditions Albin Michel Jeunesse et de replacer « Wiz » sous sa première bannière : les mondes de l’imaginaire.
Karine : En 2014, lorsque je suis arrivée chez Albin Michel Jeunesse, nous avons constaté avec Marion Jablonski, la directrice du département, que la proposition étrangère sur le roman ado – et en particulier sur la dystopie et les mondes de l’imaginaire — se tassait ou en tout cas se renouvelait très peu. Il nous a semblé que c’était le moment d’en profiter pour proposer des textes français réalistes de qualité. « Litt’ » est donc née en 2015, et a rencontré son public rapidement, notamment grâce aux biographies romancées que nous publions et qui ont suscité un réel engouement.

De nombreuses séries sont remaquettées, certains textes passent en « Litt’ », comment faites-vous ces choix ? Par exemple, Maintenant c’est ma vie, de Meg Rosoff, qui flirte avec la dystopie ? Ou, Horizon, qui oscille entre réalisme et science-fiction, paru en hors-série ?
Maÿlis : « Wiz » abrite encore de grands textes de fiction réaliste que nous tenons à maintenir au catalogue, bien qu’ils n’appartiennent pas au domaine de l’imaginaire et de la fantaisie. Nous avons donc choisi de republier ces grands textes en Litt’, comme 13 Reasons why de Jay Asher ou Hate list de Jennifer Brown. Maintenant c’est ma vie est un texte à part, (et un de mes grands favoris de la collection!). Aujourd’hui il serait lu comme une dystopie, mais à l’époque de sa sortie, le terme n’existait pas encore. On peut estimer que c’est un roman d’anticipation, mais il est véritablement ancré dans une réalité contemporaine, avec des adolescents on ne peut plus actuels. J’ai donc choisi de publier les textes de Meg Rosoff en « Litt’ ».
En dehors de « Wiz » et « Litt’ », nous proposons également des séries en moyen format hors collection, comme Horizon sous la houlette de Scott Westerfeld ou Sherlock, Lupin & moi d’Irene Adler.

Quels nouveaux auteurs nous attendent chez « Wiz » ?
Maÿlis : En 2019, « Wiz » accueille un très grand nom à son catalogue avec l’arrivée de Stephen King ! Nous publierons dés le mois d’octobre des romans courts de King, accessibles dés 13 ans afin d’entrer dans l’œuvre magistrale de ce grand maître du suspense.
Par ailleurs, nous continuons notre travail avec Ben Guterson, notre grande découverte de 2018. Ce magicien des codes et des jeux de mots nous entraînera dans les tunnels de son mythique Winterhouse Hôtel. Une série fantastique à lire dès 10 ans.
Pour les plus grands, je suis très fière de proposer bientôt le tout premier roman de Charlotte Nicole Davis, autrice Africaine-Américaine, qui revisite les codes du Far-West et des romans pionniers pour développer l’histoire de jeunes filles en fuite, décidées à conquérir leur liberté par tous les moyens.
Karine : En 2019, nous publions pour la première fois depuis la série Oscar Pill (qui s’est terminée en 2012) des auteur.e.s français.e.s dans « Wiz », pour notre plus grand bonheur ! En février est sorti le roman de Delphine Bertholon, Celle qui marche la nuit, un thriller fantastique à partir de 12 ans, reprenant et jouant volontairement avec tous les codes du gothique fantastique. Les références à Stephen King sont très claires et assumées. Et en mars, Eli Anderson a signé son grand retour avec une dystopie destinée aux grands ados, Mila Hunt. On y retrouve avec plaisir l’écriture puissante d’Eli et son talent pour tenir en haleine ses lecteurs et lectrices jusqu’au bout. Pour 2020, je préfère garder la surprise, mais j’attends encore de très beaux textes et je suis ravie que les auteur.e.s français.e.s retrouvent leur place dans « Wiz ».


Delphine Bertholon a surtout publié des romans pour adultes, comment la rencontre s’est-elle faite ?
Delphine est une passionnée de Stephen King et elle rêvait depuis longtemps de lui rendre un hommage appuyé dans un roman pour ados. Nous nous sommes rencontrées au bon moment, c’était à l’époque où je voulais trouver des textes français pour « Wiz ». Ensuite tout est allé très vite, Delphine a écrit un premier jet qui m’a immédiatement conquise.

Oscar Pill a été une série à succès, pourquoi tant de temps pour découvrir ce nouveau roman d’Eli Anderson ? La fin de Mila Hunt semble aussi appeler une suite, est-ce le cas ?
Mila Hunt est un projet très ambitieux, un pavé de 750 000 signes – 624 pages ! Il est normal que l’écriture de ce roman ait pris du temps, Eli étant un véritable perfectionniste. D’autant qu’Eli a fait de nombreuses recherches sur la manipulation mentale, l’un des sujets du livre. Par ailleurs, il est vrai qu’Eli a laissé une porte ouverte à la fin du roman, mais rien n’a été décidé pour un tome 2 éventuel, et le tome 1 se termine sur une vraie fin quand même, c’était très important pour Eli et moi.


Aru Shah est sans aucun doute la digne héritière de Percy Jackson, et son autrice a d’ailleurs été découverte par Rick Riordan : c’était une évidence pour vous de publier cette nouvelle série ?
En effet, Rick Riordan, le fer de lance de notre collection « Wiz », est maintenant éditeur, et c’est à lui qu’on doit la découverte d’Aru Shah, qui est déjà un best-seller aux États-Unis. Je dois confesser que je me suis montrée très prudente avec cette nouvelle proposition. À mon sens, le secret de l’incroyable succès de Rick Riordan ne réside pas dans les thèmes qu’il aborde mais dans sa virtuosité à allier fantastique, mythologie et humour, avec des personnages variés et incarnés.
Rouhani Chokshi, l’autrice d’Aru Shah a réussi ce tour de force et offre une toute nouvelle perspective à la série d’aventure mythologique, la lecture de son manuscrit m’a convaincue qu’Aru serait la digne héritière de Percy.

Ce qui est passionnant dans Aru Shah, c’est la mythologie indienne, que l’on retrouve assez peu dans notre littérature jeunesse. Peut-on s’attendre à d’autres romans inspirés des mythologies du monde entier ?
C’est en effet une proposition passionnante, et Roshani Chokshi l’a extrêmement bien traitée, elle fait la part belle aux créatures mythiques, aux légendes, tout cela avec une action des plus enlevées. Je reste attentive aux projets autour d’autres mythologies, mais pour moi c’est avant tout le texte qui prime.

FANNY GORDON EN INTERVIEW

Quand vous êtes-vous rencontrées et pourquoi écrire à 4 mains ?

Véronique Delamarre Bellégo : Nous nous connaissons depuis plusieurs années et nous avons toujours eu plaisir à nous retrouver sur des salons. Nous avons décidé d’essayer d’écrire ensemble il y a bientôt 2 ans, un jour où nous dédicacions l’une à côté de l’autre au château de Monte Cristo. Ça s’est fait très simplement. Nous ne savions pas alors si notre association fonctionnerait, mais je crois que nous avions quand même l’intuition que ça pouvait être amusant !
Pascale Perrier : écrire à deux, c’est associer deux imaginations, et aussi deux manières de fonctionner et d’écrire. Une belle leçon de partage et des fous rires en perspective ! Nous avons eu le bonheur de constater que nous étions très complémentaires. à quatre mains, les textes sont plus riches et plus denses !

L’origine de votre pseudo ?
Fanny : Comme nous vous le disions, nous avons décidé d’écrire ensemble un jour où nous dédicacions l’une l’autre au château de Monte Cristo. En hommage à Alexandre Dumas qui l’a construit, et dont Fanny Gordon a été la compagne, nous avons choisi ce pseudo. Placées sous le patronage de cet immense écrivain, nous n’avions plus qu’à « pondre » un chef d’œuvre (facile !). On y travaille !

D’où viennent les concepts de vos séries ?
Véronique : La série « Rue des Tempêtes » est née de notre envie d’écrire ce qu’on appelle un « roman choral » : plusieurs personnages prennent la parole et le lecteur comprend l’intrigue en écoutant les points de vue de chacun. C’est original et ludique. Nous avons pris un plaisir fou à imaginer la vie de cet immeuble. Quant aux fouilles archéologiques, elles réservent encore bien des surprises !
Pascale : Pour la série « Mytho », nous avons réuni deux idées : les colos et la mythologie. L’association des deux est assez explosive. Aphrodite nous a beaucoup fait rire !

Comment vous répartissez-vous l’écriture ? Un personnage chacune ?
Véronique : Une joyeuse collaboration, évidente sous forme de textos (très nombreux), de mails (très nombreux), de coups de fil (très nombreux) et de balades dans la forêt (pas assez nombreuses). Celles-ci dénouent les nœuds lorsque nous sommes en désaccord. Les arbres nous apaisent !
Pascale : Les personnages naissent dans un de nos deux esprits, se diffusent dans l’autre. Peu à peu naît une trame et les émotions que nous avons envie de partager. Puis le travail sur le texte commence : une évidence sous forme d’éclats de rire, de clins d’œil, de ratures, d’idées farfelues et de complémentarité, de bonheur, d’exigence.
Véronique : Pour la série « Rue des Tempêtes » qui est notre première collaboration, nous avons chacune choisi nos personnages, avec leur style et leur personnalité. Dans un deuxième temps, quand nous avons restructuré le texte, les personnages ont glissé de l’une à l’autre. Ils nous appartiennent maintenant à toutes les deux.
Pascale : Pour la série « Mytho », après nous être mises d’accord sur une trame, nous avons écrit les chapitres l’une après l’autre. Chaque envoi est un peu comme un cadeau et un défi : il s’agit à la fois de réjouir l’autre, mais aussi de la surprendre !