Entretien avec Joanne Richoux, autrice de Sillage

La lecture de Sillage nous a hypnotisées et tous nos sens se sont réveillés. La plume visuelle et sensorielle de Joanne Richoux nous a plongées dans le quotidien enivrant de Jade, son héroïne. L’autrice a accepté avec joie cet entretien pour entrer dans les coulisses de l’écriture de son nouveau roman, inspiré du Parfum de Patrick Süskind.

Comment vous est venue l’inspiration de ce nouveau roman ?

Les odeurs m’ont toujours passionnée, j’en mets beaucoup dans mes textes, à tel point que chacun de mes romans à un parfum attitré pour les dédicaces. Avec Sillage, j’ai voulu aller au bout de cette lubie. Il y avait aussi l’ambition de transposer Süskind à notre époque, et d’avoir une héroïne qui interroge la morale (j’aime bien que les personnages ne soient ni entièrement des bourreaux, ni entièrement des victimes). Le reste, c’est un ensemble d’émotions, d’idées, de scènes, qui entremêlées donnent un livre. 

Combien de temps avez-vous mis pour l’écrire ?

Environ deux mois, cette étape est dense mais rapide. Ce sont les différentes versions puis les corrections, ensuite, qui prennent du temps. Un texte doit mûrir. D’expérience, il me faut deux ans entre le premier jet et la publication, pour être sûre d’avoir réussi une « éclosion » complète. 

D’autres œuvres se glissent dans vos romans, que ce soit des citations dans la narration ou des références phare pour la construction de l’intrigue. Comment ces échos littéraires s’immiscent dans vos projets ?

Je dirais que chaque récit possède son ambiance propre. Une alliance de textes, de musiques et de séries qui créent un cocon artistique autour du projet. Je pourrais le garder pour moi, ce cocon, mais j’aime l’idée de partager mes références. C’est ma seule opportunité de me prendre pour une influenceuse, j’en profite. 

Votre écriture est très visuelle et sensorielle. A travers Jade, on apprend beaucoup sur la création des parfums, comment s’est déroulé votre travail préparatoire ?

En trichant, parce que j’avais déjà quelques connaissances sur le sujet. Après, j’ai affiné, grâce notamment à l’un des ouvrages que je cite en ouverture, ou au Petit lexique des amateurs épris d’odeurs et de parfums de Jean-Claude Ellena, que m’a offert mon éditrice chez Actes Sud. Et puis des dizaines de vidéos, des heures et des heures en parfumerie à collectionner les mouillettes et à peu près trente-six visionnages du film avec Ben Whishaw…

Quelle odeur associez-vous à l’écriture du roman ?

Justement, c’est mon dilemme du moment. Il y a beaucoup d’odeurs importantes et de vraies fragrances, ici. Alors quoi choisir pour parfumer les romans, en salon ?

Chaque chapitre est introduit par une référence musicale. Comment avez-vous construit cette playlist ?

Comme à chaque fois. Il y a mes coups de cœur du moment, les chansons présentes depuis toujours. J’essaie de faire un mix, de choisir des morceaux qui collent particulièrement à une scène ou à une citation. Dans Sillage, certaines correspondances entre les paroles d’une chanson et le déroulé d’un chapitre sont assez folles. 

Vous êtes-vous servie de votre propre expérience pour décrire le Paris vu par l’héroïne ?

Ça va plus loin que ça, la dernière fois que je suis allée à Paris, j’ai demandé à être logée dans le Marais, exprès, afin de mener l’enquête. Plus sérieusement, oui, je me suis servie de ma mémoire olfactive pour décrire Paris, mais aussi la Bretagne, Noël, la peau du garçon aimé, l’orage, les premières pulsations du printemps, etc.


Sillage
de Joanne Richoux
Editions Pocket Jeunesse