L’Envol de Leighton et de corbeaux

Un chez soi est sensé être un nid douillet où il fait bon de se reposer et se ressourcer, un endroit où on se sent en sécurité, un havre de paix. Mais Leighton n’a pas cette chance…

Auburn, Pennsylvanie
2 septembre – population de corbeaux : 2

Lycéenne, elle essaie d’avoir un bon niveau scolaire pour pouvoir choisir son université et partir loin l’année suivante. Elle aimerait se consacrer pleinement à ses études, pouvoir se concentrer sur ses devoirs, vivre normalement, profiter de sa vie d’adolescente.

Auburn, Pennsylvanie
15 septembre – population de corbeaux : 16980

Leighton ne peut pas. Elle est incapable de penser à autre chose que de protéger ses deux jeunes sœurs. A l’approche de sa maison, elle a un nœud à l’estomac. L’angoisse l’envahit. En premier lieu, elle vérifie si le camion de son père est garé devant la maison. Ensuite elle ouvre la porte et écoute pour évaluer le niveau sonore. Chez elle, l’ambiance dépend de l’humeur de son père. Certains jours se déroulent sans trop d’incidents, avec cette peur constante que tout dégénère en deux secondes ; car le problème est là. Ne pas savoir si la soirée va être douce ou violente, si la journée sera détendue ou insupportable.

Auburn, Pennsylvanie
5 octobre – population de corbeaux : 29433

Quand Liam, un camarade commence à s’intéresser à elle, Leighton est perturbée. A-t-elle le droit de penser à d’autres personnes qu’à ses sœurs ? Peut-elle profiter de la vie ? Et s’il l’aidait en cours d’arts plastiques, sa seule mauvaise moyenne, lui qui est si à l’aise en dessin ?

Auburn, Pennsylvanie
4 novembre – population de corbeaux : 42387

Chez elle, souvent le soir, les filles jouent à “N’importe où Sauf ici” cachées dans l’armoire. Souvent aussi, elles dorment ensemble. À la moindre dispute naissante, Leighton vérifie que les couteaux ne sont pas à proximité. Campbell collectionne les coupures de faits divers et Juniper s’est liée à un corbeau, qu’elle a baptisée Joe, et lui écrit des mots, souvent des appels à l’aide.

Auburn, Pennsylvanie
6 décembre – population de corbeaux : 56221

Seuls réconforts : la présence de son amie Sofia, la rencontre de Liam et la responsabilité d’une rubrique dans le journal, elle va pouvoir écrire ce qu’elle adore. Et pourquoi pas participer au concours d’écriture de nouvelles de la ville et gagner un chèque de 5000 dollars ? Mais cela ne résout en rien l’enfer à la maison…

L’Envol est un roman bouleversant, émouvant, poignant, et encore bien plus. C’est un roman qui remue, qui interroge, qui énerve. C’est un roman sur la violence domestique, sur un mal qui ronge de l’intérieur, sur une peur permanente.

Kyrie McCauley a les mots justes pour décrire le quotidien de la famille, elle a réussi à en faire rejaillir la souffrance, à installer la tension au fil des pages. Au fur et à mesure de la lecture, on est autant tétanisé que Leighton, on a envie de réveiller sa mère, effacée derrière son mari dans l’incapacité à réagir et on éprouve de la colère envers cet homme qui se croit tout permis.

Un roman essentiel sur un sujet grave extrêmement bien traité. A avoir absolument en fonds !


L’Envol
de Kyrie McCauley, traduit par Virginie Cantin
éditions Pocket Jeunesse
415 pages – 9782266298506 – 17,90 €
parution le 8 avril 2021
dès 14 ans