Entretien avec Vincent Villeminot

Vincent Villeminot a accepté de répondre à une interview exclusive autour de son rendez-vous littéraire confiné quotidien…

Nous avons suivi chaque jour votre feuilleton sur les réseaux et nous tenions à vous remercier pour ce bonheur de lecture quotidien.

Racontez-nous l’écriture particulière de L’Île, avec cette contrainte d’un chapitre chaque jour à 18 heures.

Ça restera une expérience assez unique dans ma vie d’écrivain. J’avais écrit le tiers d’un roman. Mais dès l’écriture des premiers chapitres du feuilleton, j’ai compris que le rythme, l’équilibre, la tension interne d’un chapitre de roman-feuilleton n’étaient pas exactement ceux d’un roman. Du coup, l’avance que je pensais avoir sur les lecteurs, environ quinze jours, a fondu, et il a fallu très vite boucler les choses dans l’urgence : nous nous sommes retrouvés avec 36 heures d’avance sur la publication, si bien que j’écrivais mon chapitre chaque matin, que je l’envoyais dans l’après-midi à mes deux éditeurs. Après corrections et échanges nocturnes, le matin vers 10 heures, on arrivait à une version sur laquelle on était d’accord, qui restait à nettoyer au niveau des coquilles, de l’orthographe. Et puis on était prêts pour le lancement à 18h00.

C’était une discipline très tendue, mais passionnante de ce fait. Cela dit, la pause dominicale qu’on a décidée au bout de quinze jours était indispensable, physiquement !

• Quel est votre ressenti de voir autant de lecteurs connectés pour ce rendez-vous littéraire original et intense ?

Le rendez-vous de 18 heures, pour le lancement, a été un truc incroyable, un rendez-vous des lecteurs et lectrices de plus en plus nombreux, où on échangeait les hypothèses, les impressions de lecture. Un truc unique ! Là, je suis encore un peu sous le coup de la diffusion du dernier chapitre, hier soir. On a reçu à cette occasion un déferlement de remerciements, des témoignages assez bouleversants : des gens nous ont dit combien L’île avait compté, parce que c’est la seule chose qu’ils ont pu lire pendant cette étrange période. Alors voilà, je suis très heureux qu’on ait réussi à créer ça. 

Et il faudra réfléchir, aussi, aux raisons pour laquelle la lecture d’ouvrages déjà rangés dans nos bibliothèques a été si difficile pour beaucoup – moi le premier – pendant cette période inédite et arrêtée. Peut-être parce que la lecture est un retrait et qu’on était déjà en retrait ; peut-être parce que la littérature écrite avant semblait condamnée à l’impuissance…

• La publication de L’Île est prévue au printemps 2021 chez PKJ. Pour la première fois, ce roman aura été conçu en pré-publication digitale. Est-ce que la version lue durant le confinement sera identique à celle publiée ? Et est-ce, selon vous un moyen de renforcer l’impact du lancement du roman en librairie ? 

On ne sait pas encore à quoi le livre ressemblera dans sa version papier : est-ce que ce sera le même que le feuilleton, avec des micro-corrections ? Est-ce qu’on y fera des ajouts, que je vais faire des coupes, réécrire des parties, qu’on adjoindra quelques illustrations ? Bonne question ! On va déjà se poser, le relire ensemble avec ma maison d’édition, voir ses forces, ses faiblesses aussi, bref, faire le travail qu’on fait sur un manuscrit, et réfléchir au sens d’un retravail… 

Quant à l’impact que la publication numérique aura sur le lancement en librairie, je n’en sais rien : certains libraires ont suivi l’aventure et seront heureux de le défendre, je pense. Certains lecteurs voudront l’acheter, d’autres le découvriront dans un an. Quand on a lancé l’idée du feuilleton, le lendemain du confinement, on ne savait même pas si ce serait un jour un livre… alors, on verra bien!


Ce printemps hors du temps vous aura réussi pour votre inspiration. Vous avez publié sur les réseaux l’annonce d’un nouveau roman à paraître chez PKJ à la rentrée – d’ailleurs la couverture est magnifique. Nous reprenons ainsi vos mots sur Comme des sauvages pour conclure :

Inspiré par ces collines incroyablement mouvantes, c’est un roman forestier, aussi, mais qui n’a rien à voir. Une histoire de disparitions successives, pas de sécessions. De solitaires, pas de bandes. De destins personnels, mortels.
Frontal, fantastique, initiatique, horrifique ; un caillou brillant, un peu salissant, palpitant comme une braise et d’un noir de charbon, j’espère.
Avec des bisons.